Toute poésie destinée à n´être que lue et enfermée dans sa typographie n´est pas finie.
Elle ne prend son sexe qu´avec
la corde vocale tout comme le violon prend le sien avec l´archet qui le touche.
Léo Ferré – « Préface » in Poètes … Vos Papiers ! (1956)

Toute poésie destinée à n´être que lue et enfermée dans sa typographie n´est pas finie.
Elle ne prend son sexe qu´avec
la corde vocale tout comme le violon prend le sien avec l´archet qui le touche.
Léo Ferré – « Préface » in Poètes … Vos Papiers ! (1956)

« De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l’Impair
Plus vague et plus soluble dans l’air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose. »

Toute ma vie, toutes mes envies sont là, dans ces quatre vers, musiques et impairs, vagues et solubles, légères, si légères. Il n’y a rien que je ne fasse qui ne soit guidé par un rythme qui n’est, chaque fois, ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre. Heureusement.

La musique m’accompagne depuis mes dix, douze ans, les colos de mon enfance où nous chantions Brassens, Auffray, Ferrat, Moustaki, Barbara, Piaf, Reggiani, Graeme Allwright, Brel et tant d’autres, chants de colos que nous savions par cœur et qui nous formaient. Politiquement. Socialement. Humainement. J’y ai découvert la poésie, Prévert, Baudelaire, Rimbaud, Aragon. Là encore, la liste serait longue, de Malicorne adaptant Hugo à Julos Beaucarne, où Ferré et tous ses albums consacrés aux poètes, ils furent tous de mes parents, éducateurs en diable d’une littérature ouverte sur le monde.

Puis l’adolescence et la découverte de la musique symphonique, Dvorak, Bruckner, Beethoven, les grands romantiques, les opéras, Wagner, Monteverdi, Mozart, évidemment, Mozart et son Requiem. Dans le même temps les Who, Scorpions, Led Zep, Marillion, Deep Purple, Santana, Hendrix, et mes premières fêtes de l’huma, Ferré, Vasca, Ribiero, Francesca Solleville, … La liste est et reste ouverte. Je n’ai jamais choisi, j’écoute tout. Pas de clocher, pas d’école. Il faut juste que cela me parle, que cela me vibre. Que le sens raisonne ma tête, que le rythme résonne mon corps. 

Je me souviens qu’à seize ans, j’étais à Göttingen et je m’étais engouffré dans un cinéma permanent qui avait programmé Woodstock, le film documentaire de Michael Wadleigh. J’ai vu les trois séances. J’étais bien. Ma famille d’accueil s’inquiétait un peu mais j’étais bien. Pas envie de sortir de cet univers. Quelques mois après, j’ai revécu cette sensation, d’abord avec Tommy puis avec The Rocky Picture Show, sortis tous deux la même année. Et puis, il y a eu Starmania, juste générationnel, The Wall et la tétralogie wagnérienne conduite par le couple mythique Boulez – Chéreau, que je n’ai pas vu tout de suite mais heureusement il existait une captation.

J’ai une « Pile à écouter » comme j’ai une « pile à lire » ou une « Pile à Voir », une vie, ma vie, n’y suffira pas. Je ne sais pas faire deux choses à la fois. Je ne peux pas finir ce texte et écouter de la musique. Autrement, le rythme de mes phrases empruntera le rythme de ce que j’écoute. Et ne me parlez pas d’écouter Cosi fan tutte en lisant Philip Roth, Erri de Luca ou Balzac. C’est non seulement incompatible mais incongru. La musique est tout sauf un bruit de fond. A peine puis-je conduire sérieusement en écoutant Charlélie ou Jonasz tellement l’envie me prend de chanter avec (à côté) d’eux.

Alors, pour finir cette petite mise en bouche, qui était censée vous présenter mon travail et qui s’est arrêtée en chemin sur mes plaisirs, bouclons la boucle avec l’art poétique de Verlaine qui me parle tant et me guide bien au-delà de mes écrits.

« De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée
Qu’on sent qui fuit d’une âme en allée
Vers d’autres cieux à d’autres amours. » 

Systole - Mario Bonny

Systole (Akima Son Li / Mario Bonny)

“Systole” est extrait du recueil “Sommeil d’éclat”. Comme souvent chez Akima, il s’agit d’une histoire de séparation des corps et des retrouvailles possibles.

Après “Chanson des lentes baises” et “Quarte”, “Systole” est le troisième poème d’Akima que Mario met en musique. C’est également le troisième titre du single “Si ce n’est la musique” que nous vous proposerons prochainement.

Anniversaires - Mario Bonny

Anniversaires (Philippe Milbergue / Mario Bonny)

Anniversaires” est l’une de mes plus vieilles chansons, la première, en fait, où j’ai écrit d’un trait les paroles et la musique. Ensemble. Je l’ai chanté je ne sais plus combien de fois. Il faut dire qu’elle fait partie des chansons favorites de Valérie …

C’est également l’un des premiers titres que j’ai chanté à Mario lorsque nous avons commencé à travailler ensemble. Vous savez, le style “battle” où chacun montre ce qu’il sait faire 😉

Dans la version qu’il nous propose ici, Mario n’a repris que le texte,  ce qui me va très bien. Chacun sa version.

Anniversaires” est le second titre du single “Si ce n’est la musique” que nous vous proposerons bientôt.

Avant l'exil - Philippe Milbergue

Avant l’exil (Philippe Milbergue / Philippe Milbergue – Arrgt : Mario Bonny)

Avant l’exil” est une chanson un peu à part. J’ai voulu rapprocher deux textes, le premier chanté, en fond, en boucle, qui sert de support rythmique au second qui, lui, est parlé. Un peu comme une chanson de marche sur laquelle viendrait s’incruster la déclaration d’un homme qui part en exil.

Avant l’exil” est le 8ème titre des “Suites espagnoles“.

Nos oublis - Philippe Milbergue

Nos oublis (Philippe Milbergue / Mario Bonny)

Nous voulions, Mario et moi, avoir une chanson dans “les suites espagnoles” qui swingue un peu comme les chansons des années ’50, guitares pincées, seconde mélodie, comme un hommage aux caves de Saint-Germain, et ce fut “Nos oublis“.

Je ne sais pas si nous avons réussi mais j’aime bien cette légèreté musicale qui contrebalance la gravité du texte.

Mario a le chic pour cela et c’est aussi pour cela que j’aime vraiment travailler avec lui. Il est mon contrepoint (au sens musical bien sûr 😉 )

Nos oublis” est le 6ème titre des “Suites espagnoles“.

Le bord du tendre - Philippe Milbergue

Le bord du tendre (Philippe Milbergue / Philippe Milbergue – Arrgt : Mario Bonny)

Encore une “vieille” chanson mais celle-là je suis incapable de la dater. En fait, je l’avais complétement oubliée et c’est en relisant mes vieux cahiers à spirales, cherchant des titres que nous pourrions remettre à l’ouvrage, que j’ai retrouvé “Le bord du tendre“.

En relisant le texte, la mélodie m’est tout de suite revenue ce qui m’a semblé un “bon signe”. Mario m’a proposé un habillage sur mesure et nous avons fait quelques prises de “mise en place” dont celle que nous vous proposons aujourd’hui.

Il s’agit d’une version de travail. En fait, je suis persuadé que cette chanson prendrait tout son “sens” avec une voix féminine. donc, si une chanteuse est intéressée …

J'voudrais faire du sport - Philippe Milbergue

J’voudrais faire du sport (Philippe Milbergue / Mario Bonny)

J’voudrais faire du sport” est une chanson de “train”. Une chanson écrite sur l’un de ces petits bloc-notes que je trimballe toujours avec moi. Du moins le début. La fin du travail d’écriture se fait bien au chaud, à ma table de travail.

L’origine de cette chanson est le regard d’une femme qui me laissait comprendre combien elle était indignée de la place que j’occupais sur la banquette de ce train de banlieue qui nous menait, elle et moi, à la pointeuse. J’avais beaucoup grossi. Elle ne savait pas que j’avais arrêté de fumer et que, malheureusement pour ma santé et pour les banquettes de train, j’avais surcompensé. Je pense que, de toute façon, elle n’en avait rien à faire. Entre un coup d’œil à son magazine féminin qui, je me souviens, mettait à l’honneur les régimes d’avant-plages, et un coup d’œil à mon ampleur, je compris qu’elle me recommandait de “faire du sport”.

J’adore la normalité donc, depuis, je ne prend plus le train, j’ai finalisé cette petite chanson et Mario y a apporté son swingue.

J’espère que cette version de travail vous plaira.

 

Si tu veux m'écrire - Philippe Milbergue

Si tu veux m’écrire (Philippe Milbergue / Mario Bonny – Philippe Milbergue – Arrgt : Mario Bonny)

Si tu veux m’écrire est typiquement une chanson militante. Elle date, pour le texte, des années ’80 et je n’arrivais pas à la boucler. Je trouvais qu’il manquait une « profondeur ». C’est toujours difficile d’exprimer pourquoi un texte, une chanson ne fonctionne pas. Souvent, c’est une question de rythme. Le travail mené avec Mario sur le projet des « Suites espagnoles » m’a donné l’envie de reprendre certains textes, dont celui-ci et, sans doute aussi parce que plus de trente ans étaient passés, cette fois-ci le résultat m’a semblé suffisamment abouti pour vous le proposer. J’ai repris un peu le texte, pour qu’il reste avec des références contemporaines mais, en fait, l’humanité n’a pas beaucoup évolué ou plutôt nos sociétés se sont affermies dans le libéralisme et le délitement. Ce qui était parfois vrai hier l’est souvent aujourd’hui et je resterai toujours à t’attendre l’ami pour partager le vin et l’espoir.

Si tu veux m’écrire est le 11ème titre de l’album « Mes amours noires ».

Si tu veux m'écrire - Mario Bonny

Si tu veux m’écrire (Philippe Milbergue / Mario Bonny – Philippe Milbergue – Arrgt : Mario Bonny)

Et voici l’interprétation de Mario (Bonny) qui clôturera  le CD single que nous préparons (voir rubrique “projet”).

Si tu veux m’écrire est le 11ème titre de l’album « Mes amours noires ».

Reposer ton imper - Philippe Milbergue ft. Mira

Reposer ton imper – Mira (Philippe Milbergue / Mario Bonny)

Parfois les processus de la création prennent des chemins étrangement étranges et lorsque je raconte cette anecdote, j’entends souvent une petite voix me dire « tu déconnes ? » ou « arrête ! Ce n’est pas possible ! » et pourtant rien n’est plus vrai que ce que vous allez lire.

Pour contextualiser un peu cette histoire, il faut que vous sachiez que nos séances de travail sont aussi des occasions de nous retrouver les uns et les autres chez les uns et les autres. Mario a un matériel d’enregistrement portatif qui nous permet de fixer les premiers sons et nous pouvons ainsi travailler entre deux repas ou manger entre deux prises, au choix.

Là, nous avions fini. Valérie bouclait la valise et je finissais mon huitième café. J’attendais pour charger le coffre en pensant aux titres mis en boite lorsque Mario sortit de son « bureau – studio » pour me faire écouter une ligne, petite ligne mélodique d’une trentaine de mesures. Juste la ligne mélodique comme on joue « jeux interdits » quand on est môme (ou pas…).

« T’en penses quoi ? »

Je lui dis que je trouve la ligne chantante, équilibrée, et que cela vaudrait le coup de la travailler.

« Tu as un texte ? »

Mario ! Sérieux ?! On part dans cinq minutes ! Et lui de continuer sa ritournelle : tatata tata tatata tata 

Et puis, à l’écouter quelques mots me viennent : Cette lave brune de nos rêves d’hier … Et Mario de continuer en ajoutant quelques fioritures à son picking et moi « attends ! attends ! j’ai quelques choses… ».

Je savais maintenant que « reposer ton imper », poème écrit quelques trente ans avant ce jour, allait devenir une chanson. J’ai imprimé le texte. Nous l’avons lu puis j’en ai chantonné un bout, Mario a adapté la ligne. Une, deux, trois répétitions plus tard, nous avions une première prise. Le tout n’avait pas duré plus d’une demi-heure mais maintenant c’est Valérie qui m’attendait.

Quelques jours plus tard, j’ai demandé à Mira si elle voulait bien interpréter ce titre. Il me semblait, il me semble toujours, un peu au-dessus de mes capacités vocales, les aigus m’ont toujours trahi.

Reposer ton imper est le 4ème titre de l’album « Mes amours noires ».

Le petit fils de Pablo - Philippe Milbergue

Le petit-fils de Pablo (Philippe Milbergue / Mario Bonny)

Ouverture : Le petit-fils de Pablo donne la couleur de l’album, entre proses, poésies et chants. Ici, je suis du côté de la voix, du texte et du rythme des rhapsodes, griots portant la mémoire à transmettre. C’est, pour moi, l’une des fonctions premières de l’écriture : œuvrer contre l’oubli.

« Il y a des Internationales dont les chants n’en finissent pas de s’éteindre, génération après génération, qui n’en finissent pas d’attendre l’autre qui ne vient pas.  Comme un battement d’amour brut ! »

Le petit-fils de Pablo est le 1er titre de l’album « les suites espagnoles ».

Dernières news

Théâtre

Sélection de pièces de théâtre visibles en ligne pendant ce confinement. Voir

Poésie

Louise Glück, prix Nobel de littérature 2020, est une poétesse américaine très peu publiée en France. Vous pouvez découvrir son travail dans le N° 149 – 150 de la revue Poésie qui a publié une sélection de poèmes de son recueil The Wild Iris (L’iris sauvage – 2014) dans une traduction de Marie Olivier.

 

Cuisine

Dans la lignée de ses écoles « cuisine mode d’emploi(s) », Thierry Marx crée une « société à mission » pour développer son Thierry Marx College à Souillac.

 

Dolores - Philippe Milbergue

Dolores (Philippe Milbergue / Philippe Milbergue – Arrgt : Mario Bonny)

Dolores est un cri. Celui de toutes les femmes violées par la soldatesque, ces victimes de guerre puisque le viol est une arme de conquête. Et de ce cri de désespoir, partout, en Espagne en ’36 comme en Syrie aujourd’hui ou dans les montagnes Kurdes, elles trouvent la force d’un espoir à venir. Celui du réveil des enfants d’alentour.

Dolores est le 4ème titre de l’album « les suites espagnoles ».

Ce n'est pas la mort - Philippe Milbergue

Ce n’est pas la mort (Philippe Milbergue / Mario Bonny)

Ce n’est pas la mort est un rajout tardif à l’album. Sur le premier découpage, nous avions prévu un autre titre : Chanson sans parole. Mais la version que nous avions ne nous satisfaisait pas. 

La composition d’un album est un exercice d’équilibre compliqué et cette « chanson sans parole » ne trouvait pas sa place. J’ai proposé à Mario de travailler sur Ce n’est pas la mort, qui tend à relativiser les épreuves de la vie face à la mort, fin de toute chose. Et non ! Je ne crois pas à une vie d’après nos vies, ce qui m’impose de vivre celle-ci le plus honnêtement possible puisqu’il n’y aura pas de session de rattrapage. Mais, tout en relativisant, je voulais quand même, on ne se refait pas, dénoncer l’intolérable, le « chien qui mord mieux nourrit que l’homme qui pleure », la déshumanité qui nous envahit largement plus vite que les migrants.

Ce n’est pas la mort est le 7ème titre de l’album « les suites espagnoles ».

L'hiver de notre amour - Philippe Milbergue

L’hiver de notre amour (Philippe Milbergue / Philippe Milbergue – Arrgt : Mario Bonny)

L’histoire de ce texte est encore, comme souvent, une histoire singulière. Ecrit en ’83, il s’inscrivait dans le cours d’un recueil intitulé « Des mots pour un enfer » et que j’ai depuis longtemps démembré. Sa seconde version, expurgée des scories et des excès des amours adolescentes, aurait dû intégrer la première édition de « Mes amours noires » en ’86. Je ne sais plus pourquoi je l’ai écarté à cette époque. Sans doute une question de rythme. Et puis les années ont passé, l’informatique et le numérique ont pris le pas sur nos stylos, machines à écrire, manuscrits ou tapuscrits et je me suis retrouvé à saisir, archiver mes « vieux » textes et, bien sûr, à les retravailler.

De toute façon, sachez-le, mes textes ne seront définitifs qu’après ma mort. Jusqu’au dernier trait de plume (image, bien sûr, puisque mes stylos ne me servent plus qu’à établir mes listes de courses … et je ne suis pas sûr que nos smartphones ne modifient pas encore nos pratiques) je me donnerai le droit de modifier un mot, un verbe, un temps, une virgule voire de détruire un texte.

Ceci dit, j’ai continué ce texte jusqu’à cette version que j’ai laissé dormir une bonne dizaine d’années encore et qui, comme la belle aux bois dormant aurait pu rester dans son disque dur (version moderne de nos tiroirs d’antan) si le travail mené avec Mario ne m’avait pas conduit à rouvrir mes anciens classeurs.

Depuis, ce texte a retrouvé sa place au cœur de « mes amours noires » ce qui me semble un juste retour des choses.

L’hiver de notre amour est le 7ème titre de l’album « Mes amours noires ».

Candace aux perles limpides - Mario Bonny

Candace aux perles limpides (Philippe Milbergue / Mario Bonny)

Mario est une personne extraordinaire, au sens plein du terme, avec toujours de multiples projets en route, et qui, chance pour moi, aime ce que j’écris. Quel plus grand bonheur pour un écrivain d’avoir un lecteur inconditionnel ? Deux lecteurs ?

Un jour de septembre, entre deux sessions de travail sur « les suites espagnoles », il m’appelle et me dit qu’il vient de terminer de lire « L’hymne à la fête » et qu’il voudrait bien « faire quelque chose » avec. Comme je le connais, je lui dis qu’on a un peu de temps devant nous et qu’il faudrait d’abord boucler le projet des Suites.  Bien évidemment, deux jours plus tard, je recevais cette version de Candace aux perles limpides. Que dire si ce n’est que j’aime ?

Je n’ai pas eu le temps de la reprendre. Je ne suis même pas certain de le vouloir, la voix de Mario collant si bien à ce rythme. Bien sûr, il s’agit d’une version de travail, il y a encore quelques accroches et des tempos à affiner mais, en attendant une nouvelle prise, je trouvais dommage de laisser cette interprétation dans nos disques durs.

J’espère que vous aimerez.

Il faut tout dire à 20 ans - Philippe Milbergue

Il faut tout dire à vingt ans (Philippe Milbergue / Mario Bonny – Philippe Milbergue)

Chanson sur ce trop-plein de vie de la jeunesse (Il faut tout dire à vingt ans, l’espace et le temps), de ma jeunesse qui me poussa souvent à l’excès des prises de paroles ou de positions, d’intransigeance jusqu’au jour où j’appris la patience, cette grande sœur de la vérité, de la justice. Il faut du temps en tout, du temps pour comprendre, du temps pour réparer nos erreurs, reconstruire nos humanités. Et cette patience-là m’aide aujourd’hui pour dépasser l’excès des prises de paroles ou de positions, être juste moi avec ce volcan qui me gouverne et qui patiente.

J’ai dû me tromper quelques fois

Mais comment vivre vivant ma vieillesse

Lorsque tant d’enfants sont morts d’être nés

Il faut tout dire à vingt ans est le 2nd titre de l’album « les suites espagnoles ».

Nos projets n'existent que grâce à vous

Et dimanche - Philippe Milbergue

Et dimanche (Philippe Milbergue / Philippe Milbergue – Mario Bonny)

C’est un semainier, presque une litanie, du quotidien. En fait, dans le recueil « Les suites espagnoles », il y a trois semainiers, un par période. Au début, nous avons travaillé sur le premier, mais cela ne faisait pas une chanson. Il aurait fallu distiller le texte et je souhaitais quelque chose de rapide, de plein, comme si du rien nous remplissions le temps. Avec les trois l’un derrière l’autre, nous avions un « truc » assez cohérent.

Après, ce fut du travail d’orfèvre. Les trois textes abordaient la même question d’ensemble du « temps qui passe » et de l’ennui du silence lorsque la dictature l’impose. Mais ils n’avaient pas tous le même rythme. D’où la réécriture en chanson de ces poèmes.

Et dimanche est le 13ème titre de l’album « les suites espagnoles ».

Les anarchistes - Philippe Milbergue

Les anarchistes (Léo Ferré / Léo Ferré)

Reprise de studio, 8h30 – 9h, la voix encore sourde des enregistrements de la veille, du Savagnin de la soirée, des discussions de la nuit. Nous voulions travailler « Si ce n’est la musique » mais je sens que mes cordes vocales ont besoin d’être chauffées. Et puis, j’ai envie de faire un truc que je n’ai jamais fait. Chanter les chansons des autres, je n’arrête pas. Je chante comme je respire. Je me surprends même parfois dans ma voiture, croyant chanter lorsque je crie, parce que je ne peux pas m’en empêcher. Mais reprendre une de mes chansons fétiches, de celles qu’on chante en bande lorsqu’on est bien et que nous sommes entre nous, une chanson qui dit plus sur nos rêves que toutes les bouteilles bues, une chanson « autre moi-même », non, jamais je n’avais osé. J’attaque, à la grande surprise de tous, cette version a cappella, juste pour me faire plaisir. Une seule prise. Moins partisane, moins militante qu’à mon habitude. Quelque chose de très personnel, un dernier souffle qui m’accompagne dans ce mal de vivre, un espoir plus qu’une lutte, une promesse plus qu’un combat, un chant intime plus qu’un chant choral. J’espère que vous aimerez.

Machado - Philippe Milbergue

Machado (Philippe Milbergue / Philippe Milbergue – Arrgt : Mario Bonny)

Ce poème a été écrit sous influence. C’est même l’un des premiers écrits pour le recueil des « Suites Espagnoles ». J’y voulais la république sous les feux du franquisme et la mort des poètes, Machado en première ligne. On n’a pas tous eu la chance d’avoir un parent trotskiste ni d’avoir découvert la « génération 98 » à travers Aragon chanté par Ferrat. « Les poètes » « Robert le Diable », il y a pire, à douze ans, pour découvrir que la plume est l’épée du poète.

Machado est le 11ème titre de l’album « les suites espagnoles ».

Si ce n'est la musique - Philippe Milbergue

Si ce n’est la musique (Philippe Milbergue / Mario Bonny)

L’Espagne, pour moi, c’est aussi « Le glissé des doigts sur les cordes raides, La main qui caresse le ventre de bois » la musique et plus encore, la guitare flamenco, tzigane, manouche, mauresque, andalouse, toutes les guitares qui influencèrent tant les rythmes poétiques de Lorca, de Unamuno, Celaya ou, bien sûr, Machado.

Si j’ai bonne mémoire, c’est l’un des premiers textes sur lequel Mario a posé une musique. Etonnant, non ?

Si ce n’est la musique est le 5ème titre de l’album « les suites espagnoles ».

Si ce n'est la musique - Mario Bonny

Si ce n’est la musique (Philippe Milbergue / Mario Bonny)

Et voici la version de Mario (Bonny) qui ouvrira le CD Single que nous préparons (voir la rubrique “Projet”).
 

Si ce n’est la musique est le 5ème titre de l’album « les suites espagnoles ».

Fille d'un soir - Yoann Linotte

Fille d’un soir – Yoann Linotte (Philippe Milbergue / Philippe Milbergue – Guitare : Mario Bonny)

Les Morfals se réunissent régulièrement aux rythmes des « Pâtes du dimanche » que nous organisons depuis plus de 10 ans maintenant. Un week-end où nous étions, Mario et moi, en session de travail pour « les suites espagnoles », j’ai eu l’idée, stupide diront certains, de proposer aux Morfals de reprendre mes « vieilles » chansons. J’ai sorti mes carnets comme on sort les livrets de Paul Beuscher pour chanter en fin de repas et ceux qui le souhaitaient ont choisi une de mes ritournelles.

La règle de ce jeu, car il s’agissait juste d’un jeu pour nous tous, était simple : Ils choisissaient. Je la chantais une fois. Ils la reprenaient.

Yoann n’hésita quasiment pas. « Fille d’un soir » lui plaisait.

Il n’y a eu qu’une seule prise. Je redécouvrais cette chanson. Il apportait un détachement, mais un détachement mélancolique que je n’avais jamais imaginé. Mon blues était pesant, genre « je veux mourir, la vie est trop méchante ». Yoann gardait une distance plus grande, faite d’une certaine fatalité qui, quelque part, « allégeait » l’histoire.

C’est ainsi, me semble-t-il, que les chansons vivent. D’interprète en interprète, la voix, la tonalité, le souffle, modifie le sens. C’est une question de regard, une même histoire peut se lire de plusieurs façons. La lecture de Yoann, différente de la mienne, me plait bien. Et je crois qu’il a raison et que j’ai tort, même si je suis « l’auteur » de cette histoire. Parfois, les choses nous échappent. Et c’est très bien ainsi.

La chanson du lavoir - Philippe Milbergue

La chanson du lavoir (Philippe Milbergue / Mario Bonny)

Chaque texte à son histoire et cette chanson n’y déroge pas. Elle est la réunion de deux textes qui traitaient des amours, du désir de la jeunesse, le premier du point de vu des vieilles lavandières qui commèrent – je les imagine bien devant leur tiramisu tricotant les secrets du village – et le second comme une litanie de corps de désir, récit des jeunes expériences ou inexpériences des amoureux de tous les temps. Car s’il y a une chose qui ne change pas, c’est bien l’attirance de l’un pour l’autre lorsque les sèves montent et que les passions se découvrent. Aucun de ces deux textes n’auraient pu faire une chanson singulière mais quelque chose, je ne me souviens plus, sans doute l’envie de réécrire cette histoire, m’amena à entremêler les strophes. 

La chanson du lavoir est le 3ème titre de l’album « les suites espagnoles ».

Comme toi - Gwenn Benoist

Comme toi – Gwenn Benoist (Philippe Milbergue / Philippe Milbergue – Guitare : Mario Bonny)

« Comme toi » est une chanson écrite à l’époque où j’écumais les bars, « chittara in mano » comme disait Graziano, avec des compagnons d’acoustique m’accompagnant dans mes fredaines. Le temps de mes 20 ans, des cachetons et des chapeaux. J’écrirai sans doute une chronique sur ces années où le socialisme n’était pas libéral, le temps de Maurois avant le temps de Fabius, où j’attendais la mort qui ne vint pas.

En fait, je crois bien avoir déjà écrit quelque chose là-dessus. Dans « L’anamnèse » peut-être ?

Ceci étant dit, Gwenn a eu la gentillesse de choisir ce titre et de nous offrir une interprétation qui vaut largement, très largement, ce que j’en faisais. D’ailleurs, depuis, je ne la chante plus.

Je vous laisse écouter.

Le vent de la terre - Philippe Milbergue

Le vent de la terre (Philippe Milbergue / Philippe Milbergue – Guitare : Mario Bonny / Featuring : Mira)

Là encore, la chanson est construite par le rapprochement de 2 textes. Ce qui n’en fait pas pour autant une chanson longue, à peine 2 minutes. Mais j’avais envie de chanter avec Mira, je trouvais que nos voix s’accordaient bien et puis, un disque sans duo est-ce vraiment un disque ?

Il s’agit ici de la version acoustique

Le vent de la terre est le 14ème titre de l’album « les suites espagnoles ».